Est-ce que j'ai vraiment pu croire à ce qu'on m'a raconté? Est-ce que j'ai un jour considéré les schémas vitaux "couple-séparation-vraie rencontre - mariage - divorce - deuxième vraie rencontre", les monstrueux modèles rendus normaux comme des évidences, est-ce que j'ai été à ce point infusée pour croire qu'on en serait réduit à ces points communs ; est-ce que c'est parce que j'ai parce que j'ai trop regardé mes oncles, mes cousines, les parents de mes amis, la télé, est-ce que c'est parce que j'ai fini par considérer les aberrances des autres comme des passages obligés?
Est-ce que j'envisageais de faire autrement? même pas. Est-ce que les gens divorcent? oui, forcément. Et pourquoi? parce que les illusions romantiques sont mortes. On dit ça, mais que faire avec du romantisme mort, qu'est-ce que ça peut devenir, concrètement? Est-ce que ça vaut vraiment la peine d'avoir du romantisme mort sous prétexte que ça correspond mieux à la réalité? Mon oncle a divorcé quatre fois. Après, il est mort, mais il a eu des copines entre temps, dont une blonde insignifiante dont je me souviens pour une obscure raison. Est-ce que je l'ai précisé : il est mort seul, et je ne suis pas allée à son enterrement parce que c'était le jour du latin, et la blonde en question saura-t-elle qu'il est mort? Et qu'est-il devenu de son chien? Ma tante a dit qu'on le donne à la spa, ma mère a dit c'est dégueulasse, mais qu'en est-il du chien finalement? Est-ce que ça valait vraiment le coup qu'on fasse du romantisme-mort et de l'hyper-réalisme sale si c'était pour laisser le chien?
Est-ce que je dois partir à Tokyo, comme on me le propose –
six mois ? Tout le monde dit oui mais je sais bien ce que sont les mots :
tout le monde ne le ferait pas à ma place, de peur de perdre les quelques
petits privilèges des années filées. On veut toujours les grands espoirs pour
les autres, c’est une manière de les avoir pour soi-même sans prendre aucun des
risques. Je sais bien pourtant ce que les mots de C. ont de vrai – mais ça ne
compte pas, c’est un kamikaze suicidaire de scorpions et de juntes en tous
genres.
Ma mère, comme toujours, demande : « Est-ce que tu
es sûre que c’est la bonne décision ? », ce qui est une façon
soi-disant non-infantilisante de m’infantiliser et de me faire renoncer.
Mon père, comme toujours, n’a rien dit, si ce n’est « Qu’est-ce
qui est le mieux pour ton avenir ? » ce qui ne veut rien dire comme
question, et qui est franchement un moyen déloyal de me renvoyer la balle et de
la jeter dans une impasse, puisque n’avons définitivement pas la même
définition de « l’avenir ». Mon père et moi passons notre temps à
avoir des discussions où les mots ne veulent pas dire la même chose.
Le chat a dit : « Reste avec moi, je veux te faire
des câlins et des ronrons dans le giron. » Enfin ça, c’est ma tendresse
qui a interprété, ça pouvait aussi bien dire : « Rapporte-moi des
croquettes japonaises, et plus vite que ça. »
La capacité de s'enthousiasmer revient peu à peu. Elle goûte très loin, comme un petit pot de bébé. Le côté rassérénant de la purée. Le désespoir avait tout décati. Je ne m'en étais même pas rendu compte. Je prenais ça pour un état évolué de la sagesse, un darwinisme durement acquis.
Je déteste toujours la passion. Je suis désolée, je sais bien que c'est une valeur qui paraît infiniment attrayante, celle qui permet de distinguer les vieux croûtons des jeunes premiers, mais alors, moi, je déteste ma passion au plus haut point. Je vous la donnerai, si vous croyez en manquer, mais ce sera un cadeau empoisonné, tant pis pour moi. Elle n'est pas belle comme une fille qui n'a même pas besoin de se mettre du blush tellement ses joues sont roses, on vous a montré ça pour vous berner, je préfère mettre du blush - du "pink pool" plus précisément. Je déteste la passion, et vraiment, je croyais l'aimer comme tout le monde avant qu'elle ne me fasse voir la saleté de ses désirs. Et à quel point elle peut dévoyer. J'emploie des termes de vieux moralistes, pardon, mais je pars d'une expérience tellement intime qu'elle ne me revient que par fragments aux moments les plus impromptus, quand je prends une boîte de conserve au supermarché, j'ai soudain conscience de l'étendue incommensurable de l'erreur, et que je ne pourrais jamais combler, même à coups de vertus, je ne pourrais jamais combler, je ne pourrais jamais combler, je te porte en moi comme un petit kyste qui n'évoluera pas, comme le kyste à l'ovaire que j'avais avant et qui formait une grosseur sur le bas tendu de la peau du ventre. Je ne veux plus m'écarter, je ne veux plus m'écarter, je ne veux plus sentir l'écart entre ma soif et l'état misérable de mon désir.
Un peu d'enthousiasme est revenu, je lui ai trouvé une force que je ne connaissais pas, peut-être que c'était pour la bonne cause. J'aimerais partir à Tokyo.
Il y a de ces stratégies qui font tout l'art maternel - un rideau doublé pour qu'il laisse moins passer la lumière, un petit pot de miel piqué dans un hôtel, parce que c'est juste la bonne taille, et pour le plaisir de rentabiliser la facture, une remarque assassine adressée à un voisin détestable. Juste ce qu'il faut de colère, comme un vernis, pour protéger des émanations.
Je discutais avec E. de la longueur des prévisions. X années d'étude encore, sans compter les éventuels doublements, bifurquations (qui font retourner "en arrière"), validations et autres thèses pour avoir droit au statut de "jeune sur-diplômée" qu'on critique dans les revues mais qui font les discours des présidents.
"Je veux devenir plume", m'a-t-elle dit. Je ne sais pas du tout ce que ça signifiait, j'ai pensé à une vraie plume, par associations d'idées à une conversion dans les cosmétiques (elle est si soignée). Elle avait des talons hauts pour aller en cours ce matin. Je ne peux pas porter de talons comme ça. On dirait qu'ils se désolidarisent de ma colonne vertébrale. J'en ai porté mercredi au cocktail - merde je suis allée à un cocktail. Ils étaient très jolis mais m'empêchaient d'aller aussi vite que le soldat israélien qui marchait à côté de moi. Il s'est peut-être moqué juste pour bien me montrer qu'il était soldat. Il a aussi plaisanté sur quelques phrases que j'avais dites pendant la soirée. "Le truc sur l'émancipation des femmes... Tu parles bien." Il m'a demandé de le répéter mais j'avais oublié la figure de style appropriée. Ou plutôt, je ne me souvenais que du terme : j'avais utilisé un chiasme. Les mots en eux-mêmes m'avaient échappé.
"- Ah oui, plume... Mais comment on devient 'plume'? "- Il faut être normalien et agrégé de lettres. "- Mais vraiment? Je veux dire, c'est un concours accessible seulement à ces conditions ? "- Je sais pas... Mais tous ceux qui font plumes sont normaliens et agrégés." Elle avait l'air de s'y connaître.
J'ai trinqué avec le soldat israélien. Un gin fizz contre un vanilla sky. Sans rire, c'était moi qui avait le gin fizz. Avec nous il y avait une jeune juive qui voulait devenir reine du monde. Je l'ai laissée avec lui.
Mes colocataires pensent que l’abus d’Actifed et de Fervex a
augmenté significativement mes "absences". Mais ils le prennent
avec affection, je suis leur coloc’ évaporée, celle de la première chambre à
gauche.
Pourtant, le sentiment d’irréalité n’a jamais été aussi
présent. Plus le temps passe, et plus je suis confortée dans cette impression
que l’espace peut se froisser, et qu’il est à peu près aussi ridicule de
s’adresser à un collègue qu’à sa cafetière.
J’ai couru à moitié nue dans Paris, mangé une de ces glace
en forme de fleurs qui sont si prisées dans la rue Mouffetard en racontant à P.
les détails de cette mascarade.
Mes parents ont supprimé ma chambre, sûrement influencés par
les émissions de Valérie Damidot. Au passage, Valérie, merci d’avoir accéléré
avec tes trips de décoratrice hystérique mon éviction du domaine familial.
Je possède maintenant une petite chambre étudiante, fenêtre,
double chauffage, une télé merdique refilée par mon oncle sous couvert de
"bonne affaire" (sale juif), un cactus Ikéa qui s’obstine à
agoniser depuis septembre.
Je convive, pour mon plus grand bonheur (de tout cœur,
vraiment) dans un appartement 3 pièces situés au croisement de deux autoroutes,
avec un chat en chaleur toutes les deux semaines (sale chat, je t’aime), et des
posters de femmes à poil dans les toilettes.
Beaucoup de maisons pour si peu de réalité, en fin de compte.
Il m'a fallu très longtemps avant de réaliser que la haine que je ressentais les êtres vivants en général m'était en fait destinée.
C'est très simple : je me couchais, j'éteignais la lampe murale près de mon bureau, la lampe de travail sur la table, celle de l'entrée, et enfin la lumière au-dessus du lit. Je me couchais, m'auto-souhaitais bonne nuit. Et commençait un grand cannibalisme, comme aux plus mauvais moments des orgies, où je me convulsais de colère, bêtement dans mon lit, et je savais que pour calmer cette colère il aurait fallu au minimum un sacrifice, au mieux un lynchage.
Jusque-là je pensais encore que le dégoût ressenti devant le miroir ne répondait qu'à des critères esthétiques.
Si j'avais eu un ventre plat, ma colère aurait été moins forte.
Plus tard, j'ai du admettre que j'étais en colère parce que je me haïssais moralement. Problème moins abordé par les magazines féminins. Mais ça ne faisait aucun doute : quoi de plus misérable de ma faiblesse, l'absence d'ambition, l'orgie de doute, etc etc. Sans parler du plus vil : ce sentiment de déréalité progressive, qui fait se tenir aussi bêtement au milieu d'une réunion que d'un entrepôt de hard-discount (je me sens toujours très nulle dans les entrepôts de hard-discount.)
Je ne vois très sincèrement pas comment guérir la haine de soi. Elle s'ancre, et puis le monde en est incurvé. Je souhaite aux petits enfants beaucoup d'amour-propre.
C'est en rentrant aujourd'hui que je me suis aperçue combien j'étais toujours en transit. J'attends que les jours disparaissent, et ils s'y plient plutôt bien, avec un petit raclement en fin de journée, mais rien de lancinant. Des fois ce défilé me fait peur.
Entrer en mars, c'est déjà tirer au bout de l'année, et je n'ai rien fait (à part être un peu plus normale, ce qui n'avance à rien puisque c'était censé être la "base").
Les bébés d'il y a un an ont fait leurs premières dents. La voisine est montée avec sa petite fille, en me montrant toute fière les deux incisives qui pointaient. Ca la faisait ressembler à un lapin, indéniablement. Dans l'absolu, il faudrait que toutes les dents poussent en même temps pour faire apparaître du blanc de manière très égale. Mais ce serait un peu trop demander aux bébés.
Quand je me suis penchée sur le bébé - je tenais le chat pour ne pas ruiner les rêves de la maman d'un coup de griffe mal placé - j'ai réalisé que pour la première fois de sa vie, ce bébé allait goûter au mois de mars, mon préféré s'il en est.
Me permettant de me pencher sur son berceau-coucheuse-ultramoderne, je ferai quelques bénédictions de circonstances: - puisses-tu être épargnée par l'arthrose juvénile, le vers solitaire et la carence en potassium (qui te fera ressembler à un mollusque) - évite aussi la bière le matin, même la blanche avec une rondelle de citron, la couleur n'est pas une excuse - ne crois pas les névrosés, ils mentent par manque de foi, ce n'est pas leur faute mais ça vaut la peine de beaucoup les mépriser - profite de Mars
L'année commence par une déclaration de ressources à se taper contre la lampe murale, qui est déjà cassée au demeurant, et à se demander pourquoi ma mère m'entraîne toujours dans ses plans machiavéliques de comptable un peu rocambolesques.
J'ai débranché tous les câbles qui provoquaient en moi des bugs innommables. Vie = série d'activités. Et non plus séries de pensées, série d'émotions.
Vie = déclaration de ressources. A peine râturée, la déclaration de ressources. A peine typ-exée. Je suis nulle en déclaration de ressources mais je suis forte en typ-ex.
Je connais un chat, il a une petite tâche noire sur la joue (si tant est que les chats puissent avoir une joue) ; quand je le regarde j'ai l'impression de me voir dans un miroir, parce que sa mouche me rappelle mon grain de beauté, situé exactement au même endroit.
Je ne pense plus à rien. D'abord il a fallu accepter que tout mon être se rétracte à ce nivellement par le bas, à ce ratatinage. Je me suis compactée comme un sac d'ordures dont on veut qu'il rentre dans la poubelle. Incroyable pour moi qui pensait ne jamais pouvoir me plier suffisament.
Je perdrai tout ceux qui m'ont espérée extravaguée, je garderai les rares qui m'ont sue douce, et celui parmi les rares.
Des fois je frotte la mouche du chat pour voir si elle part, mais non, elle reste bien à sa place comme la mienne. Après il me mord pour me dire de lui foutre la paix. Et que je me foute ma paix.
Je suis eureuse, on va dire qu'on garde le "h" pour les grands évènements.
"Désormais, je connais mon rôle sur la terre, mais je ne sais qui je suis. Voyageur, pose des yeux tristes sur les choses, elles te les rendront au centuple. Le visage barré du ciel te menace et te guide à la fois. Vivre, il me faudra vivre encore, quelques temps parmi ceux-là. Tout ce qui est humain m'est étranger."
Tribune
pas-pareil : (il est pas mort, lui ?) Je t'ai laissé un message sur ton répondeur, genre euh la semaine dernière, tu penses que ça peut être bon pour ce week-end ? (désolée de me servir de tes blablas pour ça :p) J'AIME BEAUCOUP LE THE Kohva : Avec plaisir tu passes quand tu veux (mais tu seras déçue, je n'ai qu'un fasicule) (j'essaie de débloquer mon portable en attendant -_- et je t'envoie mes coordonnées. je reviendrai le chercher un peu avant la fin des vacances) Ermith : Moi aussi je t'ai laissé des messages sur ton portable. Savoir si c'était bon pour n'importe quelle semaine. Oroscopo : J'aime ca.. Cabedyere : Hello! Nice site ;) Bye Delirium-Tremens : hellou c'est sympa "ici bas"! struggle : Je t'ai pas oubliée. Nos conversations me manquent un peu, je dois l'avouer. Delirium-Tremens : OoO, ben je me souvenais même pas que j'étais venue, alors je réitère (ou réhitère, ou réItR) "c'est sympa ici bas"...!! : IpsoFacto : Ce blog me fait dire non à la drogue. Kohva : J'ai toujours su que j'aurais un rôle pédagogique à jouer... MangakaDine : Salut Kohva! Une petite initiative des Jouebeurs afin de virer les spams chiants sur la plateforme, si tu veux te renseigner ou participer c'est par ici que ça se passe : [Lien]
Bonne journée!