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Demain, on sera aujourd'hui
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Mercredi (11/01/12)
"Le pire, ça a été vers la fin de la guerre. Beaucoup de gens mouraient à ce moment-là et chaque jour je ne savais pas si j'aurais la force de survivre jusqu'au lendemain. Un fermier, un Russe, Dieu le bénisse, quand il m'a vue dans cet état, il est rentré chez lui chercher un morceau de viande qu'il m'a donné. - Il t'a sauvé la vie. - Je ne l'ai pas mangé. - Tu ne l'as pas mangé ? - C'était du porc. Je ne mange jamais de porc. - Pourquoi ? - Comment ça, pourquoi ? - Quoi, parce que ce n'est pas cacher ? - Évidemment ! - Pas même si ça te sauvait la vie ? - Si plus rien n'a d'importance, il n'y a rien à sauver." [J. Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?]
Ecrit par Kohva, à 19:32 dans la rubrique "".
Lundi (12/12/11)
La fenêtre
Il n'y a pas grand-chose à voir par la fenêtre. Un voisin de passage dirait : "C'est une jolie vue", par politesse ou par évaluation mécanique de la maison. Mais à vrai dire, quand elle regarde par la fenêtre, ce n'est pas sur la vue qu'elle s'arrête. Certains diraient : "Elle regarde dans le vide", mais c'est plutôt le vide qui la regarde. Le vide et, en face d'elle, tout ce qu'elle ne peut que distinguer : le relief sous-marin du lac, les barques abandonnées par tous ceux qui ont un jour plongé ou mis leur mort en scène et dont les embarcations vides continuent de dériver, comme un vaste cimetière d'auto-tamponneuses. Même quand la buée se dépose sur les vitres et qu'elle ne peut définitivement rien voir, elle reste à son poste ; et si quelqu'un l'apercevait de l'autre côté de la fenêtre, il ne verrait d'elle que son visage, grillagé par les linteaux comme à travers une prison.
Ecrit par Kohva, à 01:01 dans la rubrique "".
Vendredi (25/11/11)
Je veux javelliser la zone de naissance de tous les bovarysmes.
Ecrit par Kohva, à 22:06 dans la rubrique "".
Mardi (15/11/11)
Requiem pour une promenade
Le 21 janvier 2006, le gang des barbares enlevait I.H. dans une des allées du parc de Sceaux. Le même jour, à quelques mètres de là, je me promenais.
Le parc de Sceaux est un lieu étrange. Perdu au milieu d'une banlieue insignifiante, par endroits rutilante et par d'autres un peu galeuse, il étend sur des lieux et des lieux la promesse d'une paix hors du temps. (Et je ne savais pas à l'époque que j'allais vivre un jour à quelques pas d'une des entrées principales). Ce jour-là, la glace commençait sans doute à prendre au bord des canaux comme une crème qui se fige, et la mécanique de trois semaines de tortures venait de se mettre en marche.
Longtemps après, la tête posée sur le ventre de H., je me suis demandée si j'avais croisé sans y faire attention le futur kidnappé ou la jeune ahurie qui servait d'appât. Je les imagine égrenant les mauvaises galanteries qu'on sort pour ce type de rendez-vous, des panaches de buée lâchés dans l'air glacial. Une cigarette, peut-être, pour se réchauffer, donner une excuse quand on n'a plus rien à dire. Mais aussi loin que je remonte, je ne trouve trace ni de l'un ni de l'autre. Il y avait bien cette fille, de dos, qui semblait attendre je-ne-sais quoi près d'une statue de dieu grec. Des fois, je crois voir passer près de moi le visage du jeune homme, et puis je réalise que ce n'est que la photo diffusée par les journaux, collée par mémoire sur l'arrière-plan du parc de Sceaux. Il faut bien l'admettre, ce jour-là, je suis passée à côté d'eux comme à côté de mille inconnus dans le métro, je n'étais qu'une promeneuse, même pas, une marcheuse ; j'ai ri et palabré pendant qu'ils l'emportaient dans une cave de Bagneux d'où il ne ressortirait jamais.
Ecrit par Kohva, à 18:26 dans la rubrique "".
Mardi (18/10/11)
Une fille scrupuleuse
Je suis trop scrupuleuse. Je suis un cliché de fille scrupuleuse. Il m'est moralement difficile de manquer de scrupulosité, ça me fait me sentir indigne jusqu'à la moelle. Quand ça m'arrive, j'essaie de penser à ma copine Cl., de prendre exemple sur elle, qui arrive en retard avec un sourire si mignon que tout le monde lui pardonne instantanément, part en vacances en période de séminaires sous prétexte que c'est pas si grave, demande des délais indécents pour rendre ses travaux - délais qui lui sont toujours accordés, alors que moi je mourrais de honte et passerais trois nuits blanches au lieu d'avouer ma défaillance -, se fait pistonner pour des stages qu'elle refuse au dernier moment, et ainsi de suite, et personne ne lui en veut jamais. Ça m'aide à relativiser.
Ecrit par Kohva, à 15:41 dans la rubrique "".
Lundi (22/08/11)
Arlequin en voyage
Au Vietnam, j'avais un stylo quatre couleurs (mauve, vert pomme, rose et turquoise) qui rendait les élèves hystériques. Ma mère me l'avait offert avant de partir, et je m'étais longuement interrogée sur les vertus d'un accessoire qui n'aurait pas dépareillé dans la trousse d'une midinette. J'ai découvert tout à fait par hasard que ce stylo était providentiel. Au moment d'inscrire la note sur le cahier d'un élève, je lui demandais de choisir une teinte et aussitôt le traumatisme de la notation disparaissait au profit d'un regard émerveillé devant les petits chiffres acidulés. J'étais devenue la grande pourvoyeuse de couleurs.
Ecrit par Kohva, à 18:57 dans la rubrique "".
Jeudi (11/08/11)
Boules à neige
Ce qui me l'a fait choisir parmi les autres, ce n'était au fond ni le physique, ni la compréhension, ni la complicité, ni la concordance des projets, ni la politique, le goût pour la paresse, le mépris pour les apparences et les ambitieux, la foi suspendue, la tolérance pour toutes sortes de folies douces ; mais l'indéfectible confiance qu'il m'offrait comme un objet lisse au point d'être impossible à entamer, et que j'ai rangée en moi comme ce qu'il me reste de conscience après que tout a été rongé par l'inquiétude.
... Je vais commencer mon introduction à la linguistique, balancer une bibliographie pour faire fumée, mais un geste, une crispation des cordes vocales, un frémissement de la bouche, n'importe quoi va me trahir et révéler aux étudiants (quand ai-je donc cessé d'en être une ?) qu'à part cette boule de confiance renserrée au plus profond et dans laquelle tourbillonne doucement la fausse neige de cent mois de solitude, je suis faussement solide, faussement sévère, faussement contenue.
Pour les enfants que je mettrai au monde (j'en suis sûre), je me demande souvent quelles ont été les déficiences capables de laisser les traces d'une telle débandade. L'âge aidant, il est devenu évident que mon père était un peu fou, comme on peut l'être tout à fait normalement quand cela ne suppure qu'aux yeux des proches. Et par-delà lui (les histoires, comme toujours, remontent à des actes anodins très anciens qui ont un impact terrifiant sur nos vies), ma grand-mère, très perturbée comme seuls les gens très respectables savent l'être.
De là, allez savoir qui a le premier inventé l'idéologie curieuse selon laquelle un enfant réprimé se révèlera mieux adapté au monde.
Mais je ne veux pas tomber dans la déploration d'une époque qui, somme toute, aura été des plus agréables. De là, comment dire à l'enfant de moi qu'il arrivera à tout surmonter, qu'on peut gribouiller au lieu de faire un dessin, faire un câlin et pleurer dans le giron de ceux qui ne jugent pas - en un mot, rompre les duretés antédiluviennes et que la boule à neige deviennent le moteur primitif des fantaisies et non plus le jardin secret de ceux qui ne savent que s'interner à l'intérieur d'eux-mêmes - ?
(Ceci était un petit manifeste contre la castration émotionnelle.)
Ecrit par Kohva, à 19:00 dans la rubrique "".
Dimanche (15/05/11)
Les premiers jours d'après
Les premiers jours après être rentrée, je n'ai pas remarqué le décalage. J'étais comme sonnée. J'avais l'impression de n'être jamais partie, et le même sentiment de trop grande consistance de l'air que quand on referme un roman qu'on trouvait passionnant.
H. jubile de l'autre côté du mur : il paraît qu'ils ont remis le PSN.
Un de mes meilleurs amis est parti pour un tour du monde de sept ans. Je n'ai pas su lui dire correctement adieu comme je voulais ; j'ai trop parlé, je bafouillais et on a eu beau partager nos crêpes, j'avais l'impression qu'il me regardait parler comme s'il prenait conscience des sept années en train de muter monstrueusement dans mon voyage. Je n'ai ressenti de la tristesse que plusieurs jours après - comme toujours, à retardement, à croire que les évènements n'ont de consistance pour moi que quand ils sont irrévocables. Peut-être qu'on ira faire de la moto en Asie un jour - pour l'instant je n'en suis qu'au stade du scooter vietnamien. J'ai quitté le Vietnam, je n'ai plus de scooter et heureusement qu'il y a H. derrière le mur. Une machine à laver à été livrée ce weekend, elle pèse lourd comme une mauvaise étreinte et distille un parfum fleuri sur les vêtements les plus dégueulasses. Je préfère croire que les pensées que j'envoie aux gens ont une consistance réelle et qu'ils peuvent sentir un changement dans l'épaisseur atmosphérique du lieu où il se trouve, quand je pense à eux.
Ecrit par Kohva, à 02:03 dans la rubrique "".
Mercredi (29/12/10)
From my veins to the sea
Des derniers temps, je fais des rêves négatifs étrangement crédibles. Pas de monstres comme d'habitude (des poursuites), pas de trucs à la Inception. Les rêves sont devenus comme des morceaux de réalité, durs, et aigus. Ce n'est qu'à la fin de la journée, quand j'ai décuvé de la nuit, que je m'aperçois de leur impossible factuelle, et que, par déduction, j'en tire la conclusion que j'ai rêvé. Mais pourquoi rêver si négativement ? Je n'ai pas besoin de rererâter indéfiniment mon permis par rêve interposé. Ou des mails d'insulte que m'enverrait ma directrice de thèse. J'ai souvent peur d'être scolaire - le défaut des longues années d'étude, et de servilité relative au corps enseignant. En fait, non, c'est plus large : j'ai peur d'être modifiée. Je ne veux pas qu'on change ma façon de réfléchir, d'écrire ou d'imaginer sous prétexte de m'apprendre à faire des exercices. Non pas que ce soit une façon vraiment honorable ou particulière, mais elle avait le mérite d'être là avant eux. Et puis je n'aime pas non plus les gens impliqués. Ils oublient toujours que le prix à payer est la modification. J'ai l'impression d'être une végétarienne en visite chez les Rouintons. Je ne suis pas plus intéressée par ma thèse que par une bonne série à télécharger en streaming. C'est que, j'aime bien lire, et j'aime bien les personnages, surtout quand ils s'enfoncent, mais je dois le dire, la vraie tâche est ailleurs. Je ne sais pas encore bien ce qu'elle recouvre, mais la vraie tâche est ailleurs, et si je n'étais pas un résidu de mortification j'y serais déjà occupée.
Ecrit par Kohva, à 05:03 dans la rubrique "".
Jeudi (23/09/10)
Le corps sans l'esprit
J'ai l'impression d'être un déserteur en attente perpétuelle d'un créneau pour se tirer discrètement.
Il y a, ces choses, pour lesquelles l'esprit dit " J'en serai incapable ", et pourtant le corps y va, mais dépecé de tout confort. A lui d'assurer un semblant de consistance quand c'est chaud-devant en-dedans, il prend tout dans la gueule, je lui en fais trop subir, peut-être que je devrais déplacer un peu ces hystéries coutumières vers des zones moins impactées.
Je ne sais pas à qui la faute, aussi, mais on m'a vidé de l'imagination, j'ai peur d'imaginer maintenant. Il faudrait qu'elle produise un bel objet tout de suite, un objet d'étude satisfaisant, et c'est impossible, alors elle s'avorte et laisse le corps foirer sa présentation.
Une fois encore, je m'apprête à balancer mon corps en pâture. Alors un peu avant, je le bichonne, je lui demande pardon de me servir de lui comme d'un grand tampon hygiénique capable d'absorber les fuites de son coéquipier. Mais il faut bien. Je ne sais plus quel philosophe disait que la tragédie la plus intime, c'était le passage du dedans au dehors.
Ecrit par Kohva, à 15:51 dans la rubrique "".
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Clameurs
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente
Tribune
:
IpsoFacto : Ce blog me fait dire non à la drogue.
Kohva : J'ai toujours su que j'aurais un rôle pédagogique à jouer...
MangakaDine : Salut Kohva! Une petite initiative des Jouebeurs afin de virer les spams chiants sur la plateforme, si tu veux te renseigner ou participer c'est par ici que ça se passe : [Lien] Bonne journée!
M : Bonjour en passant...
feallerne : Please delete this message....
Kohva : Bonjour Mahe avec un hache :)
DSLR-A850 : Enfin, eu ce que je cherchais ! J'ai vraiment apprecier chaque petit peu d'elle. Je suis content trebuche dans cet article! sourire , je vous ai sauve de verifier des slideshows nouveaux que vous postez.
Villys : Il n'y a pas longtemps, je me suis demandée "tiens que devient Kohva"... toujours là et... ça va ? Tant mieux, j'y ai toujours cru.
Kohva : Eh oui ! Je le mets pour toi, Villys : "Si plus rien n'a d'importance, il n'y a plus rien à sauver". Le corollaire est vrai : si des choses ont été sauvées, c'est parce qu'elles avaient de l'importance. En fin de compte, je suis toujours là.
SlarveRaR : Hey guys,
I've been lurking for some time now and I decided to register today as I really need some help from you. I heard a lot of good things about Profit Assassin but
I cant find anything about it (reviews, etc.). Any of you guys know more about it?
Thanks
$àà_oèè-kiyou :
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