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Crachats d'étoiles

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Jour sans crise (3)
Plume (1)
Maisons (2)
J-13 (5)
Blank like snow (1)

Lundi (21/09/09)
Plume

Il y a de ces stratégies qui font tout l'art maternel - un rideau doublé pour qu'il laisse moins passer la lumière, un petit pot de miel piqué dans un hôtel, parce que c'est juste la bonne taille, et pour le plaisir de rentabiliser la facture, une remarque assassine adressée à un voisin détestable. Juste ce qu'il faut de colère, comme un vernis, pour protéger des émanations.


Je discutais avec E. de la longueur des prévisions. X années d'étude encore, sans compter les éventuels doublements, bifurquations (qui font retourner "en arrière"), validations et autres thèses pour avoir droit au statut de "jeune sur-diplômée" qu'on critique dans les revues mais qui font les discours des présidents.

"Je veux devenir plume", m'a-t-elle dit. Je ne sais pas du tout ce que ça signifiait, j'ai pensé à une vraie plume, par associations d'idées à une conversion dans les cosmétiques (elle est si soignée). Elle avait des talons hauts pour aller en cours ce matin. Je ne peux pas porter de talons comme ça. On dirait qu'ils se désolidarisent de ma colonne vertébrale. J'en ai porté mercredi au cocktail - merde je suis allée à un cocktail. Ils étaient très jolis mais m'empêchaient d'aller aussi vite que le soldat israélien qui marchait à côté de moi. Il s'est peut-être moqué juste pour bien me montrer qu'il était soldat. Il a aussi plaisanté sur quelques phrases que j'avais dites pendant la soirée. "Le truc sur l'émancipation des femmes... Tu parles bien." Il m'a demandé de le répéter mais j'avais oublié la figure de style appropriée. Ou plutôt, je ne me souvenais que du terme : j'avais utilisé un chiasme. Les mots en eux-mêmes m'avaient échappé.

"- Ah oui, plume... Mais comment on devient 'plume'?
"- Il faut être normalien et agrégé de lettres.
"- Mais vraiment? Je veux dire, c'est un concours accessible seulement à ces conditions ?
"- Je sais pas... Mais tous ceux qui font plumes sont normaliens et agrégés."
Elle avait l'air de s'y connaître.


J'ai trinqué avec le soldat israélien. Un gin fizz contre un vanilla sky. Sans rire, c'était moi qui avait le gin fizz. Avec nous il y avait une jeune juive qui voulait devenir reine du monde. Je l'ai laissée avec lui.
Ecrit par Kohva, à 23:43 dans la rubrique "".
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Mercredi (25/03/09)
Maisons

Mes colocataires pensent que l’abus d’Actifed et de Fervex a augmenté significativement mes "absences". Mais ils le prennent avec affection, je suis leur coloc’ évaporée, celle de la première chambre à gauche.

 

Pourtant, le sentiment d’irréalité n’a jamais été aussi présent. Plus le temps passe, et plus je suis confortée dans cette impression que l’espace peut se froisser, et qu’il est à peu près aussi ridicule de s’adresser à un collègue qu’à sa cafetière.


 

J’ai couru à moitié nue dans Paris, mangé une de ces glace en forme de fleurs qui sont si prisées dans la rue Mouffetard en racontant à P. les détails de cette mascarade.

 

 

Mes parents ont supprimé ma chambre, sûrement influencés par les émissions de Valérie Damidot. Au passage, Valérie, merci d’avoir accéléré avec tes trips de décoratrice hystérique mon éviction du domaine familial.

 

Je possède maintenant une petite chambre étudiante, fenêtre, double chauffage, une télé merdique refilée par mon oncle sous couvert de "bonne affaire" (sale juif), un cactus Ikéa qui s’obstine à agoniser depuis septembre.

Je convive, pour mon plus grand bonheur (de tout cœur, vraiment) dans un appartement 3 pièces situés au croisement de deux autoroutes, avec un chat en chaleur toutes les deux semaines (sale chat, je t’aime), et des posters de femmes à poil dans les toilettes.



Beaucoup de maisons pour si peu de réalité, en fin de compte.


.

Ecrit par Kohva, à 01:46 dans la rubrique "".
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Jeudi (12/03/09)
Jour sans crise

Il m'a fallu très longtemps avant de réaliser que la haine que je ressentais les êtres vivants en général m'était en fait destinée.

C'est très simple : je me couchais, j'éteignais la lampe murale près de mon bureau, la lampe de travail sur la table, celle de l'entrée, et enfin la lumière au-dessus du lit. Je me couchais, m'auto-souhaitais bonne nuit. Et commençait un grand cannibalisme, comme aux plus mauvais moments des orgies, où je me convulsais de colère, bêtement dans mon lit, et je savais que pour calmer cette colère il aurait fallu au minimum un sacrifice, au mieux un lynchage.

Jusque-là je pensais encore que le dégoût ressenti devant le miroir ne répondait qu'à des critères esthétiques.

Si j'avais eu un ventre plat, ma colère aurait été moins forte.

Plus tard, j'ai du admettre que j'étais en colère parce que je me haïssais moralement. Problème moins abordé par les magazines féminins. Mais ça ne faisait aucun doute : quoi de plus misérable de ma faiblesse, l'absence d'ambition, l'orgie de doute, etc etc.
Sans parler du plus vil : ce sentiment de déréalité progressive, qui fait se tenir aussi bêtement au milieu d'une réunion que d'un entrepôt de hard-discount (je me sens toujours très nulle dans les entrepôts de hard-discount.)



Je ne vois très sincèrement pas comment guérir la haine de soi. Elle s'ancre, et puis le monde en est incurvé.
Je souhaite aux petits enfants beaucoup d'amour-propre.
Ecrit par Kohva, à 00:26 dans la rubrique "".
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Mardi (03/03/09)
Blank like snow

C'est en rentrant aujourd'hui que je me suis aperçue combien j'étais toujours en transit. J'attends que les jours disparaissent, et ils s'y plient plutôt bien, avec un petit raclement en fin de journée, mais rien de lancinant. Des fois ce défilé me fait peur.

Entrer en mars, c'est déjà tirer au bout de l'année, et je n'ai rien fait (à part être un peu plus normale, ce qui n'avance à rien puisque c'était censé être la "base").

Les bébés d'il y a un an ont fait leurs premières dents. La voisine est montée avec sa petite fille, en me montrant toute fière les deux incisives qui pointaient. Ca la faisait ressembler à un lapin, indéniablement. Dans l'absolu, il faudrait que toutes les dents poussent en même temps pour faire apparaître du blanc de manière très égale. Mais ce serait un peu trop demander aux bébés.

Quand je me suis penchée sur le bébé - je tenais le chat pour ne pas ruiner les rêves de la maman d'un coup de griffe mal placé - j'ai réalisé que pour la première fois de sa vie, ce bébé allait goûter au mois de mars, mon préféré s'il en est.


Me permettant de me pencher sur son berceau-coucheuse-ultramoderne, je ferai quelques bénédictions de circonstances:
- puisses-tu être épargnée par l'arthrose juvénile, le vers solitaire et la carence en potassium (qui te fera ressembler à un mollusque)
- évite aussi la bière le matin, même la blanche avec une rondelle de citron, la couleur n'est pas une excuse
- ne crois pas les névrosés, ils mentent par manque de foi, ce n'est pas leur faute mais ça vaut la peine de beaucoup les mépriser
- profite de Mars
Ecrit par Kohva, à 02:03 dans la rubrique "".
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Mercredi (28/01/09)
Liste très courte

Note pour plus tard
A éviter
- ça :
Ecrit par Kohva, à 03:26 dans la rubrique "".
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Mardi (06/01/09)
Travail d'origami

L'année commence par une déclaration de ressources à se taper contre la lampe murale, qui est déjà cassée au demeurant, et à se demander pourquoi ma mère m'entraîne toujours dans ses plans machiavéliques de comptable un peu rocambolesques.

J'ai débranché tous les câbles qui provoquaient en moi des bugs innommables.
Vie = série d'activités.
Et non plus séries de pensées, série d'émotions.

Vie = déclaration de ressources.
A peine râturée, la déclaration de ressources.
A peine typ-exée.
Je suis nulle en déclaration de ressources mais je suis forte en typ-ex.

Je connais un chat, il a une petite tâche noire sur la joue (si tant est que les chats puissent avoir une joue) ; quand je le regarde j'ai l'impression de me voir dans un miroir, parce que sa mouche me rappelle mon grain de beauté, situé exactement au même endroit.

Je ne pense plus à rien. D'abord il a fallu accepter que tout mon être se rétracte à ce nivellement par le bas, à ce ratatinage. Je me suis compactée comme un sac d'ordures dont on veut qu'il rentre dans la poubelle. Incroyable pour moi qui pensait ne jamais pouvoir me plier suffisament.

Je perdrai tout ceux qui m'ont espérée extravaguée, je garderai les rares qui m'ont sue douce, et celui parmi les rares.


Des fois je frotte la mouche du chat pour voir si elle part, mais non, elle reste bien à sa place comme la mienne.
Après il me mord pour me dire de lui foutre la paix.
Et que je me foute ma paix.



Je suis eureuse,
on va dire qu'on garde le "h" pour les grands évènements.
Ecrit par Kohva, à 13:33 dans la rubrique "".
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Lundi (10/11/08)
Petites annonces

JF (moi) sérieuse (puisque normalienne), à l'épreuve des mioches, des chats fous et des accidents de la route (donc endurante et pé-da-go-gue)

donne

cours de Japonais (et / ou de Chinois)

en échange de ce que vous voulez, notamment coups à boire.
Ecrit par Kohva, à 23:39 dans la rubrique "".
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Lundi (03/11/08)
J-13

Avant j'étais Parisienne ; puis pour changer un peu (mais moins frimable), j'ai pris l'habitude de dire que j'étais Lyonnaise ; et maintenant je ne sais pas.

Le TGV m'expulse à chaque fois dans un espèce de no'mans'land parfait pour l'errance mais très désagréable à habiter, sauf peut-être pour un SDF de Bombay qui ne pourrait pas comparer.

Mais moi je compare et même pas rationnellement, juste avec l'impression d'avoir été creusée à l'intérieur par une explosion catastrophique. Et délestée, raclée à la petite cuillère des sentiments de ce que j'avais de plus précieux. Interrompue, en somme.

J'ai une question stupide - ai-je lieu d'être?

(J'ai ma réponse)
Ecrit par Kohva, à 21:28 dans la rubrique "".
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Dimanche (26/10/08)
Le dernier triste

Devant l’exigence perpétuellement maintenue d’être saine, belle, normale, et de prétendre l’être suffisamment pour ne pas faire fuir le peu de gens que j’ai réussi à ramasser à mes côtés,

 

Devant cette exigence, je me plie à l’exercice d’être une fille fréquentable. Je n’ai pas dit bien mais fréquentable. Je garde, ravalée à l’intérieur, la monstrueuse masse biliaire qui me parasite les entrailles. J’ai un ventre extensible. Toujours prêt à se distendre pour accueillir de nouveaux non-dits. Le plus énervant, c'est l'hypocrisie du "Mais tu peux me parler, tu sais", alors qu'on sait que la parole aura un effet répulsif. S'il ne se manifeste pas immédiatement, il jouera dans la grande évaluation qui vous mettra en face d'un adversaire amical / amoureux plus "pétillant" que vous. C'est important, ça, la pétillance. Premier point de la liste :

     - je ne suis pas une fille pétillante

 

C’est que si je parle, je perds tous ceux que j’ai accumulés laborieusement. Et je ne peux pas me le permettre, je ne suis pas assez riche en relations humaines, je suis un petit épargnant moi madame.

 

On n’aime pas les rabajoises.

 

On n’aime pas moi.

 

 

Et pourtant, si j’avais à ouvrir la bouche, voilà ce que je dirais :

- je suis sale

- je suis grosse

- je ne suis pas la fille qu’on invite à des soirées

- je ne suis pas la fille dont on apprécie la compagnie

- je suis la fille par défaut

- je ne réalise jamais mes rêves

- je renonce souvent à mes rêves, disons, je les fais passer au rang de « pourquoi pas » de façon à ce qu’ils soient suffisamment vidés de désir pour pouvoir être écartés

- je ne suis pas désirable

- je suis seule

- je ne suis pas aimée PARCE QUE pas aimable

- je ne peux parler à personne de ce qui coince

- je suis un déchet parmi les déchets (et déchet tu reviendras, interprétation biblique personnelle)

- je n’ai pas envie de mourir pour la seule raison que j’ai peur de moisir (comme les pommes qu’on oublie dans le saladier)

 

Et par-dessous tout

- je dois faire semblant de ne pas être tout cela, pour ne pas trop dégoûter

 

 

Complaisances.

(art de pousser l’apparence de perfection jusqu’au vice)


- partout sauf ici -

 

Ecrit par Kohva, à 23:11 dans la rubrique "".
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Dimanche (05/10/08)
Les travaux de défissurage ont commencé.

Tu ne me croiras jamais mais je suis allée à Ikéa presque toute seule. Je n’avais rien à acheter, je me suis contentée de piquer des Daim’s à l’accueil et de tripoter les peluches de rats avec ma colocataire. C’était samedi, grouillant de couples. Je ne serais jamais allée à Ikéa un samedi avant. Pas par principe parce que je n’en aurais pas vu l’intérêt. Et là je ne le voyais pas non plus, mais je suis allée à Ikéa comme on irait racheter des œufs alors qu’il en reste encore dans le frigo.

 

J’ai attrapé tellement froid à Ikéa que je suis devenue bleue comme une orange, et mes colocataires ont cru que j’allais mourir d’hypothermie mais moi je connais mes limites et même un peu plus loin au-delà. Cinquante-trois kilos d’os et de nerfs qui te parlent dans le tramway pour Ikéa, est-ce que ça te fait sourire? Cinquante-trois kilos d’hypothermie et de timidité qui jouent avec des peluches de rats, est-ce que ça te concerne encore ?

 

 

-

 

Tu ne croiras jamais comme je creuse en moi dans tout ce qu’il y a de bon, de grignotable. Je pars à la recherche de quelque chose de comestible, et puis je l’emporte vers la surface dans un lent travail de fourmi. Je me nourris seule, maintenant. Et je me suis attelée à la lourde tâche de passer l’hiver, et de le passer bien, cette fois.



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Ecrit par Kohva, à 20:38 dans la rubrique "".
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