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Crachats d'étoiles

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Jeudi (23/02/17)
Méditation sur la douleur

En vérité je te le dis, il n'y aura personne pour comprendre ta douleur. On te répondra peut-être qu'il s'agit là d'une vision très adolescente, mais c'est tout le contraire. L’adolescent pense que quelqu'un quelque part pourra comprendre sa douleur s'il l'exprime : c'est pourquoi il la dit, il la joue, il la surjoue même parfois. En réalité, et il faut se l'avouer pour entamer le long processus qui mène à la coexistence sociale de ces douleurs, personne n'aime écouter un adolescent se plaindre. Il n'y a rien de plus rébarbatif. Nous sommes peu originaux dans nos afflictions : pourquoi le serions-nous, alors qu'elles se manifestent de façon si lancinante ? Les adolescents ont toujours les mêmes problèmes, et le pire est qu'ils ont raison de les avoir. Ils pensent que personne ne les aime : or qui aime un adolescent ? Le monde entier leur répète qu'ils sont dans une phrase ingrate de leur ridicule existence et qu'ils doivent se dépêcher d'atteindre l'âge qui fera d'eux des personnes dignes de compassion, une fois qu'ils auront renoncé à se lamenter.

A l'âge adulte, donc, nous apprenons à scénariser nos douleurs, afin que nos interlocuteurs les prennent en considération. Nous nous employons à les rationaliser, car nous avons remarqué que la complaisance qu'on leur accorde varie proportionnellement à la gravité des causes auxquelles nous les attribuons. Si tu as eu la chance d'avoir connu un traumatisme majeur, alors il est probable que tu pourras bénéficier d'une oreille un peu attentive. Pour un temps. Car - et c'est une règle invariable que nous apprenons au sortir de l'adolescence - l'expression de la douleur est, à moyen terme, plutôt lassante. Si l'on t'accorde de la sympathie, c'est dans l'espoir d'en voir l'effet concret sur ton chagrin : ne déçois donc pas cette attente, et ne demande pas plus que ta part. Nous découvrons alors que nous pouvons plier notre douleur et nous asseoir dessus, en espérant que notre cul finira par l'éroder. Nous faisons avec elle comme la princesse au petit pois ; elle nous gêne en permanence, mais sans gravité. Nous devenons vivables, en même temps que nous entérinons pour toujours et à jamais son existence subliminale.
Ecrit par Kohva, à 21:19 dans la rubrique "".
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Jeudi (16/02/17)
Sans vaillance ni furie

J’arrive au terme de mon plus long voyage. Et tandis que j'avance sans vaillance ni furie vers le lieu de tous les rendez-vous, je sais que tu m’accompagnes.

Ma mère avait l’habitude de me dire : « Si tu n’arrives pas à dormir, scrute tes paupières. » Le soir, quand tu te coucheras, je serai cette constellation indessinable qui apparaît fragmentée quand tu fermes les yeux. Je serai la tache incidente qui reste dans le champ de vision quand tu rentres d’un lieu trop ensoleillé.

Cette fois, fais-moi confiance pour ne rien laisser derrière moi sinon ce dans quoi je m’incarne.


Ecrit par Kohva, à 20:53 dans la rubrique "".
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Samedi (06/12/14)
Naissances de la révolte

Il fut un jour où tout ce qu'on avait pu me dire, à moi en tant que femme, où tout ce qu'on avait pu sous-entendre, les reniements ; les relégations ; les barrières invisibles dressées autour de la langue ; l'hésitation dans les postures des mains ; la conscience du double regard, permanente et affreusement lucide ; la conscience d'être un corps fait pour le plaisir des autres alors que le plaisir de soi se terre comme une masse inerte qu'on tapoterait du bout d'un bâton pour vérifier qu'elle est encore vivante ; les petits meurtres intimes laissés sur ma carcasse ; les condescendances ; les imprécations ; bref, il fut un jour où tout cela forma une espèce de boule comme celle qu'on roule dans la main pour faire la cuisine. Et j'étais cette boule que je pétrissais, que j'enrobais, dont j'amalgamais le sentiment de renégation, car pour Sisyphe il n'y a pas de meilleure arme que de devenir son rocher.

Un jour d'après, je pris conscience que ma colère était mon âme dont j'avais perdu l'emploi, et qui s'était manifestée sous cette forme de telle sorte que je ne la remarque pas. Je la cherchais au centre, tandis qu'elle s'était déposée tout autour. Dès lors je l'acceptai et je m'en parai.

Le jour encore d'après, cette décision fut mal comprise. On me dit de me délester de ma colère comme d'un vêtement d’apparat. J'entends d'ici dire les fous du roi que ma nouvelle conscience me va mal au teint. Pourtant, le fait d'avoir pu relire ma vie passée au prisme de l'injustice lui a donné cette foi qui avait tant manqué jusque dans la considération de ma vertu. Le jour qui finissait, je compris que le respect était l'autre nom de la colère qui était l'autre nom de soi.

Ecrit par Kohva, à 02:13 dans la rubrique "".
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Mardi (04/11/14)
La mémoire des prénoms

Je n'ai pas la mémoire des visages, encore moins des prénoms. Je me demande bien ce que cache cette angoissante amnésie qui touche à peu près n'importe qui autour de moi. Je ne me souviens des gens que par des détails qui ont pris une importance disproportionnée, et sur lesquels ils se greffent tout entiers. Et ils n'existent qu'à travers ces détails : tout le reste de l'image s'efface et il ne reste que ces éléments complètement morcelés qui s'articulent autour d'eux comme d'un centre de gravité dont ils formeraient les satellites.

Ceci explique pourquoi je ne me souviens parfois pas de vous en tant que tels, ô gens.
A moins que ce ne soit simplement du déni de bas étage.

Ecrit par Kohva, à 19:59 dans la rubrique "".
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Jeudi (05/07/12)
Battre son cœur

J'écoutais battre son cœur. Un mouvement sourd, un reflux qui venait s'échouer chaque fois contre moi, avec une intense, une insupportable régularité. J'aurais voulu l'arrêter juste un instant, profiter du silence avant de le faire redémarrer, mais il y avait cette vie contre moi qui s'obstinait à cogner sa rythmique, à réclamer son existence. 

Pourquoi m'as-tu abandonnée ? pensai-je, comme si j'anticipais le moment où elle allait le faire ; et soudain je réalisai que ce n'était pas son cœur que j'entendais battre, c'était mon propre mien ; c'était celui de ma mère amplifié par la cavité utérine. 

Et puis je compris que j'étais mort et que c'était le cœur de la mort qui battait en moi, en contretemps de celui des vivants, dans le silence, dans l'intervalle laissé par eux. 

Ecrit par Kohva, à 01:17 dans la rubrique "".
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Dimanche (29/04/12)
Union and reunion

Cette nuit, j'ai rêvé d'un grand massacre ; juste à la fin du rêve, je demandai : "Est-ce qu'il existe des choses telles que le bien ou le mal ?" et on me répondit que non, dans l'absolu de nos natures ça n'existait pas, mais que certains d'entre nous pouvaient basculer vers un pôle ou l'autre ; et que le facteur qui causait cela, c'était l'union and reunion (en anglais dans le rêve) de nos corps (au sens baylien du terme).

Et cette réponse me sembla très satisfaisante.
Ecrit par Kohva, à 01:29 dans la rubrique "".
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Mardi (27/03/12)

"Chaque mot, retourné dans la main des esprits - ce tour de main est leur geste caractéristique - se transforme en lance dirigée contre celui qui parle. Une remarque comme celle-ci, tout particulièrement. Et ainsi de suite à l'infini. La seule manière de se consoler serait de se dire : cela arrivera, que tu le veuilles ou non. Et ce que tu veux ne fournit qu'une aide imperceptible. Plus qu'une consolation serait : toi aussi, tu as des armes."

[Franz Kafka]
Ecrit par Kohva, à 12:01 dans la rubrique "".
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Lundi (19/03/12)
La sentinelle des sentiments

Des fois, je crois voir en moi un tigre. Un tigre, comme on n'en aurait jamais soupçonné, quelque soit le camp des jugeurs, ceux qui pensent que je suis humble et secrète, ceux qui trouvent que je suis géniale et barjo. Alors je vois le tigre, j'essaie de l'approcher, je lui donne des croquettes spéciales pour tigre, mais pas moyen de le domestiquer. Et puis je ne sais même pas si c'est un vrai tigre ou le reflet du soleil sur le pelage d'une musaraigne. Je lui dis : "Viens mon petit, on va faire de grandes choses ensemble." Même si au fond, j'ai peur qu'il me croque toute entière lors du fameux numéro où il faut que je mette ma tête dans sa gueule. Je lui dis : "Viens te battre à mes côtés." La vérité c'est que je me sens de plus en plus l'âme d'une combattante mais de moins en moins la ferveur d'en être une. Des fois je me pense à la vie réglée que me promettait si fort mes parents et je me dis : pourquoi ai-je choisi le grand champ de bataille ? Si c'était à recommencer, je serais probablement la plus sage et la plus docile des jeunes filles en peur. Mais j'ai raté le train des dos courbés et je porte aujourd'hui en cendres le peu de foi qui me reste des grandes décisions, une urne funéraire pour l'ancien feu sacré, et je dis au tigre : "Force et courage".
Ecrit par Kohva, à 12:59 dans la rubrique "".
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Dimanche (29/01/12)
De ce dont nous avons parlé, à la fin de l'été / J'ai oublié

Je n'ai pas fait grand-chose ces derniers temps, et il me semble pourtant avoir redécouvert des vestiges, comme si j'étais une spéléologue en expédition dans une civilisation inconnue décimée par un virus foudroyant. Je regardais les choses en moi comme les traces d'un passé auquel on ne comprend plus rien, devenues profondément mystiques. Tout a donc survécu, mais sous forme de ruines.

Je dis souvent aux étudiants : le français, c'est comme du formol, ça garde les traces. J'ai oublié de leur dire que ça fonctionne aussi comme ça pour les humains, mais ils finiront bien par le découvrir eux-mêmes. Il ne suffit que de quelques années pour revenir sur ses pas comme des empreintes fossilisées. Le formol ne garde pas les choses vivantes, il les fige dans un état proche de la mort-vivance.

Parfois j'ouvre le grand musée intérieur et je m'étonne de ce que j'y trouve.
Ecrit par Kohva, à 20:16 dans la rubrique "".
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Mercredi (11/01/12)

"Le pire, ça a été vers la fin de la guerre. Beaucoup de gens mouraient à ce moment-là et chaque jour je ne savais pas si j'aurais la force de survivre jusqu'au lendemain. Un fermier, un Russe, Dieu le bénisse, quand il m'a vue dans cet état, il est rentré chez lui chercher un morceau de viande qu'il m'a donné.
- Il t'a sauvé la vie.
- Je ne l'ai pas mangé.
- Tu ne l'as pas mangé ?
- C'était du porc. Je ne mange jamais de porc.
- Pourquoi ?
- Comment ça, pourquoi ?
- Quoi, parce que ce n'est pas cacher ?
- Évidemment !
- Pas même si ça te sauvait la vie ?
- Si plus rien n'a d'importance, il n'y a rien à sauver."


[J. Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?]
Ecrit par Kohva, à 19:32 dans la rubrique "".
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