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Humains de passage (I)

Tu parles d'un voyage, Bruxelles, oui Bruxelles c'est moche, y a des trottoirs qui ressemblent à ceux de Paris quand on marche le nez baissé, et les immeubles ont des fenêtres tellement carrés qu'on dirait une ville pour playmobils-robots. Mais à Bruxelles il y a nos pas - des pas qui portaient et battaient fermement les pans de nos jupes. On rythmait la ville aux claquements du tissu; on avait l'épine dorsale un peu altière et la bouche vive à se transformer.
C'est un signe de vie indéniable, ça: quand la bouche passe d'un pli à un autre très rapidement, quand les lèvres sont en vif-argent et qu'on les aiguise sur des moues et des sourires.

Rien n'était pâteux, si ce n'est notre fatigue ; rien ne s'enfuyait mis à part l'eau dans le syphon d'un vieil évier bruxellois, et qui charriait la cendre des cigarettes et l'odeur un peu doucereuse des bières. Je me suis lavée les bras autant que j'ai pu, à peu près jusqu'au coude, en frottant avec un savon vert ramolli par la moiteur de la salle de bain - T. et Calim se déplaçaient avec des bruits de corps qu'on traîne. C'était chez Calim - mais là je ne raconte pas au début. J'ai déjà dit que je n'arrivais pas à saisir le début.

T. avait un tailleur qui ressemblait à un costume d'homme, noir et le tissu lisse, bien coupé, et qui lui donnait l'air délicieusement hautaine. Des déliés dessinés au feutre sombre sur son visage trop fin. Haut de forme planté sur son crâne comme un drapeau de l'étrangeté; chapeau décalé qui émergeait au-dessus des calvities dans le métro. On aurait dit qu'il vivait indépendamment de T., ce chapeau. Je crois bien qu'il m'a salué à un moment, d'ailleurs, dans un ricanement de satin noir.
Quand T. en avait assez de lui et de ses rictus, elle le retirait de son crâne d'une main experte, et elle le pliait jusqu'à le rendre entièrement plat. Ainsi j'avais raison: le chapeau était vivant, il avait un squelette en métal.

A la Gare de Galliéni, un type étrange s'est faufilé avec nous dans la file, sourire crevé de dents, vas-y que je te parle, que je te pose des questions, vous allez où mesdemoiselles, vous êtes bien belles que dis-je rayonnantes, vous allez à une fête ah bon, et bien après venez faire la fête chez moi. Il parle de lui quand on ne meuble pas assez; on est tous coincés dans la file d'attente, j'épie le moment où on va pouvoir s'élancer vers le guichet, lui colle son sac aux nôtres comme un pré-toucher, T. grimace, je defossettise mes joues.
Il finit par demander, en s'adressant à T.: "Ben quoi, tu m'aimes pas? J'suis pas méchant."
Et Tiphaine de répondre avec une froideur de marbre:
"Non. C'est moi qui suis méchante".
Il n'a plus pipé mot.


On a mangé des abricots secs dans le car, qui nous tâchaient les doigts et la gorge d'orange vif. Les abricots rendent joyeux. Des biscottes, aussi, qui craquelaient nos dents; puis on a fait dégringoler les miettes sur le sol du car, pour des oiseaux imaginaires ou des fourmis aventurières.
Je ne sais pas si vous avez vu les infos, mais à Bruxelles il y avait une énorme manifestation. Un grand défilé rouge et jaune, des hommes couchés sur la chaussée en train qui s'époumonnaient à chanter en flamand, des syndicats, des envieux des rois, des anti-tout et pro-rien, des opposants et des opposés, tout ça sur la goudron de la chaussée, à hurler et à danser en levant les pieds aussi haut que leur ventre le leur permettait.

Evidemment le bus a été bloqué dans la manifestation. Sentence radicale du chausseur: "Vous descendez ici ou je vous emmène à Amsterdam." Tiphaine menace vaguement de lui planter son billet dans le crâne. On descend en plein milieu d'une artère avec des carrefours impossibles à traverser, avec des feux qui passent au rouge et au vert en même temps et des agents de la circulation en costumes fluos. Tête qui tourne doucemment, le rire qui monte au nez. Un type nous voit déguisées et trouve ça tellement hilarant que son sourire lui fend le visage comme un sabre d'ivoire. Il hoquète de rire pendant dix minutes, doit s'appuyer à un panneau pour reprendre son souffle, et repart dans son crève-diaphragme. On suit une femme du bus qui lance tellement d'injures contre le conducteur du bus que celui-ci doit être mort télépathiquement. Elle marche si furieusement qu'elle a l'air de vouloir l'écraser à chaque pas. T. et moi devons courir à moitié pour la suivre, et le haut-de-forme de T. qui tressaute sur son crâne marque le rythme.

Calim nous a attrapées à la gare du Nord, drapé dans sa dignité et dans sa froideur de sage. Il nous attendait dans l'ombre dans d'un grand bâtiment, blotti à l'abri des manifestants qui couraient partout en répandant de la bière sur les pavés. Il leur jette un oeil méprisant et lâche "C'est des flamands. C'est pour ça". Un des types en question me propose de la bière et va bouder en s'allongeant sur la route quand je refuse. Le sol est jonché de petits papiers imprimés de faucilles et de marteaux, avec ma myopie on dirait des confettis.

[Suite plus tard, pour l'instant faut laisser les humains passer comme des nuages]

Ecrit par Kohva, le Dimanche 20 Mars 2005, 21:40 dans la rubrique "".


Commentaires :

  mercre
mercre
21-03-05
à 20:45

we're all as made as hatters here

Alors, ça tombe bien. Que dis-je, c'est même trop kikoo-lol.
Je m'explique : par un certain concours de circonstances, il se trouve que je mets sur la liste de courses que j'Exige un Haut de forme. Cependant, et c'est étrange, il semblerait que ce ne soit dans les rayons de Carrefour -je suis proche du bon peuple moi aussi, et parfois, je vais aux toilettes.
Or donc : où est-on susceptible d'en trouver, et à quel prix?

  Kohva
Kohva
23-03-05
à 00:19

Re: we're all as made as hatters here

Elle l'a trouvé pour 50 francs, un authentique haut de forme de 1900, en satin noir, qui se plie et se déplie, etc

.. aux puces de Clermont-Ferrand

:D

  Ermith
Ermith
13-05-05
à 00:17

[Qu'est-ce que je

t'aime]