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Un enterrement de vie de vieille fille

Il y a quelques temps, je me suis rendue à l’enterrement d’une femme que je ne connaissais pas personnellement. Je n’avais fait que la croiser. C’était la titulaire du poste que j’occupe aujourd’hui. Déjà, je trouvais qu’il avait entre nous de troublants points communs. En plus de faire le même métier, elle était, disait-on, désagréable et passionnée. Le jour des funérailles, en voyant sa photo sur le livret de messe, j’ai eu un coup au cœur : cette grosse femme décatie, le regard en coin, n’était-ce pas moi avec quelques décennies de plus ? J’ai passé toute la cérémonie dans un état second, au fur et à mesure que la coïncidence s’approfondissait. Litanies biographiques : « Elle a passé toute sa vie dans un célibat subi, qu’elle regrettait mais dont elle a essayé de tirer la meilleure part en s’investissant auprès de ses étudiants. » Impression qu’on vient de lire ma rubrique nécrologique. Effarement : je suis cette femme, plus la chance peut-être d’une unique rencontre sans laquelle j’aurais comme elle creusé à mains nues la fosse de ma propre solitude. J’avais l’impression que c’était moi qu’on enterrait. Je m’imaginais avancer vers le cercueil, l’ouvrir et y trouver mon propre corps. J’assistais en personne à mon enterrement de vie de vieille fille.

B : Tu es sortie cette nuit ?

A : Je sors toutes les nuits, mais au petit matin je finis toujours par rentrer.

B : Tu ne veux pas rester avec moi ?

A : Non... si... En fait je suis hantée par l'idée que nous n’avons qu’une seule chance. Nous ne vivons qu’une fois, et il n’y a rien après, ni paradis éternel ni éternel retour. C’est une manche à un tour, un tarot à une main. One shot.

B : Tu as l’impression d’avoir raté ta vie, c’est ça ? Dis-le moi et je te consolerai. Je te dirai ce que tout le monde dit ; que tu as lavidevantoi, même si je ne sais pas exactement ce que ça signifie.

A : Ma vie est déjà finie. Elle continue sur un plan biologique, bien sûr, mais elle a déjà sédimenté ses grandes lignes.

B : Je vois bien que tu es déprimée.

A : J’ai été aimée. Une fois. Je n’avais pas compris que ce serait la seule, que tout se décidait ; je pensais que c’était une rencontre comme les autres, parmi d’autres... Déjà la messe est dite : regarde, tout le monde sort.

B : Est-ce si grave ?

A : Je pensais que tout resterait à jouer jusqu’au bout.

B : Tue-toi, alors. Si tu as raison, ça ne changera rien, tu ne feras qu’accélérer le procès.

A : Je te l’ai dit, je sais que nous n’avons qu’une seule chance. C’est pourquoi je ne peux m’empêcher de suivre la partie.

B : Tu rentreras demain matin, alors ?

A : Bien sûr, mais jusqu’au dernier moment je me demanderai si je vais le faire.

B : Tu vas encore me réveiller en te glissant dans le lit à pas d’heure.

A : Je ferai attention.

B : Tu ne fais jamais attention.

A : C’est vrai. Tu m’aimes quand même ?

B : Oui... oui.

Ecrit par Kohva, le Mercredi 15 Mars 2017, 16:19 dans la rubrique "".