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Entre N. et moi
(lire le 3)

1.
Je ne sais pas ce que c'est que de "se heurter et pleurer sans arrêt". Ou peut-être que je le sais, mais d'une autre manière. Je dirais que c'est de faire une tâche sur sa chemise après une journée épuisante. Quand on fixe la tâche d'un air bête et qu'on a envie de poignarder les murs de la cuisine et de rétrécir au niveau de la tâche en même temps. Et puis la dernière fois tu parlais de dimanche et c’est vrai, dimanche est un jour très cruel. C’est pour ça que son nom ne finit pas par « di », « di » ça rend joyeux, ça fait comptine ; et le dimanche c’est pas exactement ça.

(Je ne sais toujours pas comment formuler ce que je veux dire) Bien-bref, il y a des choses qui coincent. D’autres qui se disent. Tu peux le croire, toi, que je sois comme une conne en train de t’énoncer des imbécillités, moi qui suis tellement habituée aux grands discours ? (On devrait faire faire un test aux gens : leur faire dire des choses bateaux. Pour qu’ils voient qu’ils ne savent pas parler). Je pensais à dimanche, surtout. On devrait commencer la semaine un jeudi ou un vendredi, histoire que le dimanche se retrouve à une place convenable et neutre, et pas à une place de fin des temps. Rajoute ça aux dimanches de décembre qui approchent à grands pas, et on comprend pourquoi l’hiver pue l’apocalypse endormie.

(Je ne sais toujours pas comment…) Contre tout ce qui flanche, ce qui se barre, ce qui se disloque, ce qui craquelle, ce qui fout le camp, ce qui nous échappe, rien ne sert de courir il faut partir de nulle part, puisqu’il n’y a pas de solution.

Dimanche recherche samedi, après ça moi je sais rien dire d’autre.

---

2.
Tu sais ce qui m’a le plus choquée en sortant du coma ? C’est bête : l’heure. J’ai demandé quelle heure il était, puis le jour. Et je me suis rendue compte qu’il y avait eu un temps dans le monde où moi je n’existais plus. Quand tu dors, tu sais que le monde continue à tourner avec toi. Là, c’était comme si on m’avait exclue de la rotation de la terre pendant un moment. Je n’existais plus pendant un moment, j’avais l’impression d’être morte un certain temps. Je me disais que c’était parfaitement impossible qu’on soit ce jour-là, cette heure-là. Je ne pensais pas que la perte des repères temporels serait un si grand choc. Mais de tout ce qu’il a fallu recoudre à l’hôpital, ça a été le plus difficile, cette question du temps. Aussi basique que ça puisse paraître.

Alors je sais pas, peut-être qu’il faut rechercher l’inverse, peut-être qu’il faudrait essayer à tout prix de s’inscrire dans le monde. Ou plutôt, de s’empêcher de s’en isoler. Peut-être que c’est quand on est en accord avec la rotation de la terre qu’on se sent le mieux. Quand j’ai commencé à reprendre mes esprits (après plusieurs jours à l’hôpital puis chez moi), je me suis dit qu’il fallait que j’entre le plus vite possible en hypokhâgne, histoire de retrouver un rythme (même un rythme furieux comme celui de l’hypokhâgne). Peut-être que comme en musique tout est une question de rythme.

Dimanche cherche partition ?


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3.
Tu dis, la peau. Je crois que c’est à la fois une des meilleures choses qu’on ait inventées, et une des pires aussi. C’est drôle comme la peau peut virer d’un seul coup du délicieux au repoussant. J’aime la peau tiède quand elle est tellement lisse qu’elle semble s’étirer et bouffer sous les caresses, quand on la trouve plus douce encore que la propre peau de sa joue. J’aime le torse des hommes quand il ressemble à un oreiller. J’aime le ventre des femmes parce qu’il a tendance à former une sorte de petit mont tout en courbure, flasque, et dans lequel c’est bon de jeter toute sa dureté. Le corps des femmes est un tabernacle à dureté, je crois.

On devrait toujours avoir une peau à côté de nous, au lit. Je suis sûr que les doudous des enfants sont juste ça, des prémices de la fameuse peau contre laquelle on s’étend, on s’étend. Dans certains moments d’égarement (que j’avais les années où je me sentais vraiment ailleurs, à la bordure de je ne sais pas quoi de très gouffreux), il m’arrivait de me jeter dans les bras d’un inconnu dans la rue. Mais juste pour les bras. Et le torse, parce que ça empêchait de passer à travers.

C’est bien, comme tu dis, les refuges en forme d’humains avec bras. Je rajouterais : et torse. Voire cou. Après faut quand même pas être trop exigeant.

(D’un autre côté, le corps fait peur. A cause de l’idée de décomposition peut-être. J’ai toujours l’impression que le corps est prêt à se barrer en morceaux, que derrière ce que je touche il y a les entrailles. Même pas ses entrailles, les entrailles, indéfinies. Le corps est ce qui peut le plus facilement ressembler à un Verdun miniature. On peut devenir chauve et perdre ses cils ses sourcils on peut avoir la peau qui s’en va par lambeaux et les bras qui cloquent et le visage qui s’affaisse sur lui-même. Quand je plaque mon visage contre le torse de quelqu’un, je me dis toujours qu’au fond le corps ça sent la mort.)

Je comprends qu’on puisse avoir de se coller au corps de quelqu’un pour ne plus le lâcher, la peau la peau la peau. [...] quand on a l’impression de filer vers la mort, on ne peut compenser qu’en se jetant contre une peau (parce que la peau n’est pas l’inverse de la mort (dans ce cas, ça ne ferait qu’un effet de contraste) mais parce que la peau c’est la mort qui n’est pas encore arrivée, qui sera mais qui n’est pas là au moment où l’on touche, là où l’on touche. Se jeter contre une peau c’est un peu une manière de conjurer la mort à plus tard, et de mieux s’endormir).

Ecrit par Kohva, le Mercredi 28 Septembre 2005, 22:49 dans la rubrique "".