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Crachats d'étoiles

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Extrait de carnet de voyage

[...]

J'ai laissé un blanc qui n'a été rempli que par des kanjis, comme chez Michaux. Le chantier touche à sa fin. Dernier soir de festival, mon yukata est rose rombre avec des nénuphars. Même si je ne suis en rien une jeune fille en fleurs, je ne me suis bizarrement habituée à le porter, alors qu'au début j'avais l'impression d'être corsetée. Avec un yukata, on ne peut avancer qu'à pas feutrés (mais j'ai pas mis les chaussures 'geta', faut pas pousser, je tiens un minimum à ma liberté de mouvement). Et j'avoue que ces manches longues, et les pans qui coulent le long du corps, ce n'est pas désagréable. C'est très flottant au-dessus du 'obi', très ceintré au-dessous, ça vous construit comme une fleur autour d'une tige et d'une corolle.

[...]

Ils m'ont fait les yeux noirs et le teint blanchâtre qui filles qui japo-niaisent, mais rien à faire, il y aura toujours ma face qui éclate, de temps à autre, au monde sa soif de mouvement. Pas très japonais tout ça. On m'a fait un très joli noeud dans le dos ; je ploie moins.

Je parle de yukata, mais aujourd'hui j'ai rayé C., qui continuait ses petites dégoûteries avec lesquelles je n'ai que faire. Cela ne pourra me rendre que plus libre, même si la perspective d'une chambre à l'ENS me redonne ces envies d'anémie un peu morbides.

Il me faudra peut-etre renoncer à mes princripes même pas sacrés : je me verrais bien avec une télé par exemple, enfin, quelque chose pour décrocher. Ce qui me répugne le plus dans cette idée de chambre à l'ENS, c'est sa crasse, car j'ai pu observer à quelle point elle se déposait dans toutes les fentes. Si j'y vais (j'irai, pas la peine de tergiverser!), je désinfecterai tout aux lingettes Monsieur.Propre qui sont mauvaises pour l'environnement et que je m'en fous.

Reste à savoir s'il sera possible de réaliser les boprojé de l'an prochain avec les aller-retour incessants qui vont reprendre pour fuir cet univers que je débecte (au sens propre, deux doigts dans les amygdales).

[Le yukata protège en couvrant bien, en même temps qu'il crée une silhouette très sensuellement détachée des standards modernes, qui fait la part belle au cou et aux poignets, et évite tout le plantureux en absorbant les hanches. On croirait presque pouvoir dégager la gorge et la nuque se dévoile très clairement lors de certains mouvements, pourtant il n'est ici pas question de décolleté ; on ne pourra dénuder qu'en enlevant cet obi qui cimente la silhouette. Je commence à voir ce que les Japonais trouvent au yukata : beaucoup de maintien, mais rien qui n'attente à la grâce.

Comme pour les objets kawaii, je commence à m'enthousiasmer pour des "trucs de japonais", comme envoyer des lettres à toutes mes conaissances, lettres que j'aurais eu une flemme monumentales d'écrire en France. Et j'imagine la réaction "agréablement surprise" (là aussi ce sont des mots japonais) quand ils la recevront, et l'étrange respect qui s'en dégagera. Au Japo on envoie des cartes pour prouver qu'on est poli, ou plutôt pour se maintenir dans la non-grossièreté, comme une piqûre de rappel qui ferait baisser pour un temps votre taux de grossièreté (mais ça exige des efforts constants).

Le Japon est un pays de clichés. On ne peut qu'être étonnée par l'absence de déchets alors que le festival bat son plein (et par l'immense stand dédié au recyclage...). On ne peut qu'être étonné par les filles qui se baladent bras dessus bras dessous, l'une en yukata, l'autre en "chanelah" clinquante et presque plus déguisée que la première. On ne peut qu'être étonné quand les "thank you ceremonies" hilarantes de formalité se succèdent [et même qu'il faut faire une ligne et s'incliner pleins de fois en grommelant ".....mmashita" (toujours efficace).

Mais bizarrement, même si le respect dévolu aux autres ne m'effleure pas encore, trop européenne que je suis, je me sens touchée par cette "impression honorifique" dont parlent les conjugaisons. Je me souviens quand on a rencontré Yasue Kandan, le peintre et avant tout "sensei", comme le sont tous les maîtres ici. Il semblait si pleinement rempli par son talet, comme une sorte de "grâce", qu'on ne pouvait qu'éprouver de l'humilité en l'écoutant. Il semblait très apaisé par la conscience de sa "sensi-ité", si je puis dire. Il y avait de la douceur dans sa sérénité.

J'aime le papier de riz sur lequel il peignait et qui absorbe toutes nos traces.


Où sont les futilités des fausses relations dans ce monde de différences?


Un an de gâché et le Japon, enfin.
Ecrit par Kohva, le Dimanche 7 Septembre 2008, 18:41 dans la rubrique "".


Commentaires :

  Chloé
23-09-08
à 15:56

Lire un nouveau post de toi, c'est toujours comme croquer un morceau de chocolat lindt après des mois d'abstinence.

(Et tu sais l'amour que je porte au chocolat Lindt.)